Méritocratie, quand tu nous tiens…

14 11 2008

lonely-chair-g3393On continue. Cet article fait suite à celui intitulé « Adultère, divorce et conséquence ».

Et il va concerner la conception que mes parents se faisaient de la vie. Mais pour expliquer le pourquoi du comment, je vais remonter d’une trentaine d’années dans le temps.

Mon père a grandi dans l’Est de la France. De parents professeurs, il décide de faire médecine. Mais pour ses études, il ne peut que compter sur lui. Ses parents, déçus d’avoir financé les études avortées de leur fille, décident de n’accorder que très peu d’argent aux études du petit dernier. Mon père se tourne alors vers l’armée pour qu’elle lui finance ses prochaines années d’études en médecine. Il passe le concours pour intégrer à l’ESSA et le réussit. Ce premier événement illustre l’idée que mon père se fait de la vie. « Quand on veut, on peut ». Parti de pas grand chose, il s’est très vite adapté à la compétition et a finalement grimpé les échelons pour devenir ce qu’il est aujourd’hui. Un médecin qui n’aura de cesse que de réussir toujours mieux que les autres.

Quand il a rencontré ma mère, je pense que tous deux partageaient la même idée du monde qui les entourait : un monde dans lequel il faut se battre pour survivre, un monde cruel où seul le mérite paye. Et c’est dans cette idée du monde qu’ils m’ont élevé.

Jeune, j’ai été élevé à écraser les autres. En classe, je devais être le premier. En sport également. En musique, la même chanson. Mes parents m’inscrivaient à tous les concours qui pouvaient exister. Je m’entourais des meilleurs profs, des meilleurs bouquins, des meilleurs amis… bref, mes parents me comblaient d’attentions intellectuellement correctes afin que je devienne ce qu’ils désiraient par-dessus tout : THE best. Je n’avais que très peu de moments de répis. Ils me faisaient réviser sans concession les moindres lignes de mes cours d’histoire afin que je puisse les recracher intégralement, quitte à ce que je n’y comprenne rien. Pendant les vacances, mes valises étaient pleines de livres de révision pour me préparer à l’année qui allait suivre ainsi que de folios de poche dont j’avais l’obligation de rédiger une fiche de lecture. A 10 ans, j’avais déjà lu « Le Monde de Sophie », à 12 ans, je remportais un prix national de piano, mais à 13 ans, je pratiquais en compétition l’équitation et le tennis. Mais à 14 ans, rare étaient les fois où j’avais la permission de sortir…

Lorsque les choses ont commencé à se gâter entre mes parents, les choses commencèrent également à se gâter scolairement pour moi. Mes notes baissèrent, je quittais mon trône de premier de la classe. Je réussis tout de même à décrocher mon brevet avec une note de 39 sur 40 et à intégrer l’un des plus grands lycées parisien. Ce jour-là d’ailleurs, ce jour où nous reçumes le courrier qui me confirmait mon entrée à Louis-Le-Grand, la joie de mon père ne fut que de courte durée. Moi qui avait trimé pendant quatre années pour faire un sans-faute et intégrer ce lycée, je n’eus le droit qu’à un « C’est maintenant que les choses vont se compliquer » en guise de félicitations.

Je ne peux pas en vouloir à mes parents de m’avoir préparé à « un bel avenir ». Mais ce qu’ils n’ont jamais compris, c’est que toutes ses années, j’ai vécu dans l’angoisse de perdre leur amour si j’échouais scolairement. Qu’arriverait-il le jour où je ne serai plus à la hauteur de leurs attentes ? Comment réagiraient-ils si je leur disais que je n’aspirais pas au même avenir que le leur ? Déçus, ils l’auraient été… mais à quel point ?

J’ai malheureusement eu les réponses à ces questions quelques années plus tard lorsque je me suis retrouvée à la porte de chez moi. Mais cet épisode sera l’objet d’un prochain article.


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